Shannon Wright en concert de clôture des Campulsations
Les spectateurs quittent la salle en silence, comme groguis après un voyage dans une autre dimension. Visiblement, le retour à la réalité est dur, en ce samedi soir à la sortie du Krakatoa. Pour conclure le festival des campulsations, Shannon Wright, chanteuse et musicienne d’Atlanta, a su hypnotiser son public.

Shannon Wright et ses musiciens
Pourtant, il n’est pas facile de rentrer dans son univers. Le son crade de sa guitare, désaccordée pour choquer les harmonies habituelles, cache presque les superbes breaks de toms à la batterie. Les premiers morceaux s’enchaînent, courts, avec des cadences particulières, qui agressent un peu l’auditeur. Inlassablement, la guitare répète les basses au pouce pendant que les autres doigts rajoutent des arpèges avec un son très peu clair. A priori, on aurait presque pu s’attendre à une vulgaire étudiante écheveulée saturant les amplis des groupes de garage sans faire passer autre chose que de l’énergie. Mais c’est une sacrée dose d’émotion qui persuade progressivement tous les cœurs, sur un style assez psychédélique.
Lorsque Shannon wright se met au piano, son talent prend tout son ampleur. Mélangeant des rythmes ternaires et binaires, ses doigts dévalent en cascade des mélopées aigües, tandis que les basses assurent un appui rythmique qui résonne dans la tête. Une charge émotionnelle intense passe par sa voix, très travaillée. Elle exploite avec finesse tous les registres en y mettant son grain rock. Ce n’est pas sa voix qui chante, c’est son coeur. A ce stade, la barrière de la langue n’en est plus une. Le spectateur empoigné souffre en même temps qu’elle. Dans la salle on retient son souffle, immobile, quelquefois les yeux larmoyant. C’est une ambiance très particulière. Quelle expression ! Quand elle crie, elle pleure presque. Ce soir le Krakatoa est dans une autre dimension, juste entre la passion et la dépression, entre la force et la fragilité extrême… bienvenue dans la dimension Shannon Wright !

Shannon Wright au piano
Shannon Wright, c’est une révolte contenue, une colère intérieure qui explose quelquefois. Dans la salle, les têtes bougent sur des morceaux électriques et rock, nourris de coupures calmes. Les parties musicales ne sont pas forcément complexes mais harmoniquement riches et originales. Le groove est là, l’expression aussi.
Le dernier morceau, sur lequel s’est ajouté une programmation rythmique au trio guitare-basse-batterie, se termine sur une fin interminable à la guitare. Shannon Wright s’envole seule, son corps convulse au son de ses accords dissonant, crispé dans d’inexplicables douleurs. Elle est en transe ! Le public aussi !
Isic Rider
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